Quel est le pays qui accueille le moins de migrants en Europe ?

Identifier le pays qui accueille le moins de migrants en Europe semble simple. En pratique, la réponse dépend entièrement de ce que l’on mesure : stock de résidents étrangers, flux annuels d’entrées, demandes d’asile enregistrées ou titres de séjour délivrés. Les classements changent selon l’indicateur retenu, et les données disponibles ne couvrent pas toujours les mêmes périmètres d’un État membre à l’autre.

L’Union européenne compte environ 6 % de ressortissants étrangers résidant sur son territoire. La France se situe sous cette moyenne européenne, mais ce chiffre global masque des disparités considérables entre les Vingt-Sept.

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Pourquoi le classement des pays européens dépend de l’indicateur migratoire choisi

Un pays peut afficher une faible proportion d’étrangers dans sa population tout en recevant un nombre élevé de demandes d’asile, ou inversement. La Pologne et la Roumanie, par exemple, comptent historiquement parmi les États membres où la part de résidents nés à l’étranger est la plus basse. Leur situation géographique, leur histoire récente et leurs politiques d’accueil expliquent en partie ce constat.

En revanche, si l’on regarde les demandes d’asile rapportées à la population, le tableau se recompose. Certains petits États comme la Slovaquie ou les pays baltes enregistrent très peu de dossiers, tandis que des pays comme l’Autriche ou Chypre, malgré une taille modeste, présentent des ratios nettement plus élevés.

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Comparer des stocks de population et des flux annuels revient à mesurer deux phénomènes distincts. Les comparaisons publiées mélangent fréquemment ces deux approches, ce qui alimente la confusion dans le débat public.

  • Le stock de résidents étrangers (mesuré par Eurostat et les instituts nationaux de statistique) photographie la présence étrangère à une date donnée, sans distinguer les motifs d’installation.
  • Les flux migratoires comptabilisent les entrées et sorties sur une période, mais les méthodes de comptage varient selon les pays (registres de population, titres de séjour, franchissements de frontières).
  • Les demandes d’asile ne concernent qu’une fraction des migrants et excluent la migration de travail, familiale ou étudiante, qui représente la majorité des entrées légales.

Fonctionnaire européenne examinant des dossiers administratifs liés aux demandes d'immigration dans un bureau gouvernemental calme et peu fréquenté

Roumanie, Pologne, Slovaquie : les pays d’Europe avec le moins d’étrangers résidents

Selon les données de l’INSEE reprenant les chiffres d’Eurostat, la Roumanie et la Pologne figurent régulièrement parmi les pays de l’UE où la part de la population née à l’étranger est la plus faible. La Slovaquie, la Bulgarie et la Lituanie se trouvent dans des ordres de grandeur comparables.

Plusieurs facteurs structurels expliquent cette situation. Ces États sont longtemps restés des pays d’émigration plutôt que d’immigration. Leurs marchés du travail, leurs niveaux de salaires et la barrière linguistique ont limité l’attractivité pour les migrants extra-européens. La Roumanie reste le pays de l’UE avec la plus faible proportion de résidents étrangers, toutes catégories confondues.

Le cadre politique joue aussi un rôle. La Pologne, la Hongrie et la Slovaquie ont adopté des positions restrictives lors de la crise migratoire de 2015-2016, refusant les mécanismes de relocalisation proposés par la Commission européenne. Ces choix ont eu un effet direct sur le volume de demandeurs d’asile accueillis.

Le pacte européen sur la migration et l’asile change-t-il la donne pour ces pays ?

Le nouveau pacte européen sur la migration et l’asile, entré en vigueur récemment, modifie la répartition des responsabilités entre États membres. Il introduit une procédure commune de filtrage à la frontière, un mécanisme de solidarité obligatoire et une procédure de retour harmonisée.

Concrètement, les pays qui accueillent peu de demandeurs d’asile devront contribuer autrement : financement, soutien opérationnel ou prise en charge de réinstallations. Le pacte prévoit que chaque État participe à l’effort collectif, même ceux qui refusaient jusqu’ici les quotas de relocalisation.

Les publications du Conseil d’État et de Forum Réfugiés détaillent ce nouveau cadre juridique. Le dispositif inclut un règlement sur la gestion de l’asile et de la migration qui détermine le pays responsable de l’examen d’une demande, ainsi qu’un cadre pour la réinstallation et l’admission humanitaire.

Le débat européen s’est déplacé. Il ne porte plus uniquement sur la quantité de migrants accueillis, mais sur la gestion des retours, le filtrage aux frontières et la solidarité financière entre États membres. Cette reconfiguration juridique, largement absente des classements habituels, change la lecture des chiffres bruts.

Les limites connues du nouveau dispositif

Les retours terrain divergent sur la capacité réelle des États à appliquer ces nouvelles règles dans les délais prévus. Plusieurs organisations, dont Oxfam France, alertent sur les risques pour les droits fondamentaux liés aux procédures accélérées à la frontière et aux projets de centres de retour hors du territoire de l’Union.

Par ailleurs, les entrées sur le territoire français ont reculé en 2024 pour retrouver un niveau proche de 2019, selon l’INSEE. Cette tendance nationale ne reflète pas nécessairement la dynamique européenne globale : environ 239 000 passages illégaux des frontières ont été détectés par Frontex en 2024, soit une baisse de 38 % par rapport à l’année précédente.

Migrants en Europe : ce que les classements ne montrent pas

Répondre à la question « quel pays accueille le moins de migrants » suppose de choisir un angle. En valeur absolue de résidents étrangers, la Roumanie arrive en bas du classement. En demandes d’asile, la Slovaquie ou la Hongrie apparaissent régulièrement parmi les derniers. En proportion de la population, les résultats bougent encore.

Les classements statiques masquent aussi les mouvements internes à l’UE. La libre circulation des citoyens européens représente une part significative des « étrangers » comptabilisés dans certains pays, sans que ces personnes soient perçues comme des migrants au sens courant du terme.

La nationalité, le lieu de naissance et le statut juridique ne mesurent pas la même réalité. Un ressortissant roumain installé en Espagne est compté comme étranger dans les statistiques espagnoles, mais relève de la mobilité intra-européenne, pas de la migration extra-communautaire.

Toute réponse honnête à cette question suppose donc de préciser l’indicateur, la période et le périmètre géographique retenus. Sans ces précisions, un classement des pays européens en matière d’accueil des migrants reste un exercice trompeur.

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