On rédige un mail rapide, on tape « on a prit une décision » et le correcteur ne bronche pas toujours. La faute passe, se propage, et finit par sembler normale. La confusion entre pris et prit touche un verbe du quotidien, « prendre », dont les formes au passé se ressemblent à l’oreille mais pas à l’écrit.
Participe passé ou passé simple : deux temps, deux terminaisons
La source du problème tient en une phrase : « pris » et « prit » correspondent à deux temps différents du verbe prendre. On les prononce de façon quasi identique, mais leur emploi n’a rien à voir.
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Le participe passé de prendre est toujours « pris », avec un -s final. On l’utilise avec un auxiliaire pour former les temps composés : « on a pris », « elle avait pris », « nous aurions pris ». Le -s ne bouge pas, quelle que soit la personne.
« Prit », avec un -t, est la forme du passé simple à la troisième personne du singulier : « il prit son manteau et sortit ». Ce temps apparaît surtout dans les récits littéraires. Dans un e-mail, un SMS ou un rapport professionnel, on ne l’emploie pratiquement jamais.
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Le réflexe à retenir : si le verbe est précédé de « avoir » ou « être », on écrit pris avec un -s. Si la phrase est au passé simple (narration soutenue, sans auxiliaire), on écrit « prit » avec un -t.

Astuce du féminin pour vérifier le participe passé
Quand on hésite sur la terminaison d’un participe passé, la méthode la plus fiable consiste au mettre au féminin. Si le féminin fonctionne, on tient bien un participe passé et on peut en déduire la lettre finale du masculin.
- Prendre → pris → prise au féminin. Le -s apparaît clairement : « la décision prise ». On sait que le masculin se termine par -s.
- Mettre → mis → mise. Même logique : « la table mise » confirme le -s de « mis ».
- Écrire → écrit → écrite. Le féminin révèle le -t : « la lettre écrite ». Le masculin se termine donc par -t.
Pour « prendre », le test donne « prise », pas « prite ». On entend le -s, on écrit « pris ». Cette vérification prend deux secondes et fonctionne pour la majorité des verbes du troisième groupe.
Accord du participe passé avec « avoir » : le piège du COD
Savoir que le participe passé de prendre est « pris » ne suffit pas toujours. Avec l’auxiliaire avoir, le participe reste invariable quand le COD est placé après le verbe ou quand il n’y a pas de COD du tout.
« On a pris les billets. » Le complément d’objet direct (les billets) arrive après le participe. Pas d’accord : « pris » reste tel quel.
En revanche, quand le COD est placé avant le verbe, le participe s’accorde en genre et en nombre avec ce complément.
« Les mesures qu’on a prises étaient nécessaires. » Ici, « que » (reprenant « les mesures », féminin pluriel) précède le verbe. Le participe passe donc à « prises ».
Méthode rapide pour identifier le COD
On pose la question « quoi ? » ou « qui ? » après le verbe conjugué. Si la réponse se trouve avant le verbe dans la phrase, on accorde. Si elle se trouve après, on laisse le participe invariable.
« Les clés que j’ai prises » → j’ai pris quoi ? Les clés. Le mot « que » (= les clés) est placé avant → accord au féminin pluriel.
« J’ai pris les clés » → j’ai pris quoi ? Les clés. Le COD est après → pas d’accord.
La position du COD décide de l’accord, pas son existence.

Vers une tolérance de l’invariabilité avec « avoir »
Des ressources universitaires récentes comme Usito (Université de Sherbrooke) présentent désormais deux cadres concurrents pour l’accord du participe passé avec avoir. D’un côté, la règle traditionnelle que nous venons de voir. De l’autre, une règle réformée qui autorise à laisser le participe passé systématiquement invariable avec avoir, quelle que soit la place du COD.
Cette coexistence de deux normes acceptées découle des travaux sur les rectifications orthographiques et la simplification des règles d’accord. Dans les faits, la plupart des correcteurs, enseignants et éditeurs appliquent encore la règle classique. On peut toutefois noter que le débat existe et que l’invariabilité n’est plus considérée comme une faute dans tous les contextes.
Un cas voisin illustre cette tendance : les rectifications de 1990 préconisent de laisser invariable le participe passé « laissé » suivi d’un infinitif, par alignement avec « fait » suivi d’un infinitif (« elle s’est laissé tomber »). Cette évolution montre que la norme bouge, lentement mais concrètement.
Résumé des formes du verbe prendre au passé
| Forme | Temps | Exemple |
|---|---|---|
| pris | Participe passé (avec auxiliaire) | On a pris le train. |
| prise / prises | Participe passé accordé (COD avant) | La photo qu’on a prise. |
| prit | Passé simple (3e pers. sing.) | Il prit la parole. |
| prirent | Passé simple (3e pers. plur.) | Ils prirent la route. |
Le tableau le montre : « prit » n’apparaît jamais après un auxiliaire. Si « avoir » ou « être » précède le verbe, la seule forme correcte est « pris » (éventuellement accordé en « prise » ou « prises »).
La prochaine fois qu’on hésite, le test du féminin tranche la question en quelques secondes. Et si la phrase contient « a », « avait » ou « avons » juste avant, on peut écrire « pris » les yeux fermés, le -t du passé simple n’a rien à faire là.

