Quel est le pays le plus avancé en technologie du monde ?

Mesurer l’avance technologique d’un pays suppose de choisir des critères. Le nombre de brevets déposés, les dépenses en recherche-développement, la capacité à produire des technologies de rupture ou le taux d’adoption numérique ne désignent pas toujours le même leader. L’Indice mondial de l’innovation publié par l’OMPI, qui agrège environ 80 indicateurs, offre une grille de lecture plus complète que les classements centrés sur un seul secteur comme l’intelligence artificielle.

Classement OMPI 2025 : les pays les plus innovants comparés

L’édition 2025 de l’Indice mondial de l’innovation de l’OMPI place la Suisse, la Suède, les États-Unis, la Corée du Sud et Singapour dans les cinq premières positions. La Chine entre pour la première fois dans le top 10, au dixième rang.

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Rang Pays Région
1 Suisse Europe
2 Suède Europe
3 États-Unis Amérique du Nord
4 Corée du Sud Asie de l’Est
5 Singapour Asie du Sud-Est
6 Royaume-Uni Europe
7 Finlande Europe
8 Pays-Bas Europe
9 Danemark Europe
10 Chine Asie de l’Est

Six des dix premières places reviennent à des pays européens, ce qui contredit l’idée reçue d’une domination exclusive de l’Asie ou de l’Amérique du Nord. Le rapport de l’OMPI signale par ailleurs un ralentissement de la croissance des investissements dans l’innovation à l’échelle mondiale, ce qui pourrait redistribuer les cartes dans les prochaines éditions.

Robots de livraison autonomes dans les rues de Séoul en Corée du Sud, illustration de l'avance technologique du pays dans l'espace urbain

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Suisse et deep tech : pourquoi le premier rang ne tient pas au hasard

La Suisse ne domine pas ce classement par la taille de son marché intérieur ni par le volume brut de ses dépenses en R&D. Son avantage repose sur la concentration de technologies dites « deep tech » : quantique, biotechnologies, nouveaux matériaux, disciplines très intensives en recherche fondamentale.

Le financement de la deep tech suisse a été multiplié par environ cinq depuis 2015 pour atteindre un record de 2,6 milliards de dollars en 2025. Ce chiffre place le pays dans une catégorie à part : celle des nations qui produisent des ruptures technologiques plutôt que de se limiter à adopter des outils numériques existants.

Cette distinction est rarement faite dans les classements grand public. Un pays peut afficher un taux élevé d’utilisation d’Internet ou de paiement mobile sans pour autant contribuer aux brevets fondamentaux qui transforment des secteurs entiers. La Suisse, avec ses universités techniques (EPFL, ETH Zurich) et un écosystème de capital-risque tourné vers la recherche de long terme, illustre ce décalage entre adoption technologique et création technologique.

États-Unis et Chine : deux modèles d’avance technologique très différents

Les États-Unis occupent le troisième rang de l’indice OMPI, mais restent le premier pays en matière d’intelligence artificielle selon la plupart des analyses sectorielles. Leur force tient à la densité de leurs écosystèmes urbains d’innovation. San Francisco concentre à elle seule une part disproportionnée des brevets mondiaux en IA et en logiciel.

La Chine, dixième du classement OMPI 2025, progresse sur un modèle différent. L’axe Shenzhen-Hong Kong-Guangzhou et le pôle de Pékin figurent parmi les premiers clusters d’innovation mondiaux selon l’OMPI. Les investissements chinois dans la robotique ont dépassé 577 milliards de yuans sur la seule année en cours, un volume qui reflète une stratégie de déploiement industriel massif.

En revanche, les deux pays ne se ressemblent pas sur la structure de leur innovation :

  • Les États-Unis s’appuient sur un tissu de start-ups financées par du capital-risque privé, avec une forte concentration dans quelques métropoles (San Francisco, Boston, Austin).
  • La Chine mobilise des investissements publics à grande échelle, orientés vers des secteurs stratégiques définis par l’État (robotique, énergie, semi-conducteurs).
  • Le nombre de brevets déposés en Chine dépasse celui des États-Unis en volume brut, mais la part des brevets à forte valeur ajoutée (cités internationalement) reste plus élevée côté américain.

Chercheuse en robotique inspectant un bras robotique articulé dans un laboratoire high-tech de Shenzhen, représentant l'essor technologique mondial de la Chine

Finlande et Corée du Sud : petits pays, forte densité technologique

La Finlande a longtemps occupé la première place d’un classement du PNUD qui mesurait les capacités technologiques des citoyens, l’étendue de l’utilisation d’Internet et la capacité à intégrer la technologie dans une économie en réseau. Ce rapport analysait des critères comme le pourcentage de brevets accordés aux résidents, les recettes de licences, le nombre d’hôtes Internet ou encore le taux de scolarisation scientifique de troisième degré.

En 2025, la Finlande se situe au septième rang de l’indice OMPI. Sa force réside dans un taux d’adoption numérique parmi les plus élevés au monde et un système éducatif qui produit une population techniquement qualifiée à grande échelle. Le pays ferme d’ailleurs ses dernières lignes téléphoniques analogiques, un symbole de transition complète vers le numérique.

La Corée du Sud, quatrième du classement mondial, se distingue par l’intensité de ses dépenses en R&D rapportées au PIB et par la puissance de ses conglomérats industriels dans les semi-conducteurs et l’électronique grand public. Son ambition affichée de leadership mondial en IA complète un profil déjà très fort en matière de hardware.

Mesurer l’avance technologique : les limites des indices mondiaux

Aucun classement unique ne peut trancher la question de manière définitive. L’indice OMPI agrège des données sur les institutions, le capital humain, les infrastructures, la sophistication des marchés et les résultats créatifs. Il ne pondère pas de la même façon que les classements sectoriels centrés sur l’IA, la défense ou l’espace.

Quelques critères font basculer les résultats d’un pays à l’autre :

  • Les dépenses en R&D en pourcentage du PIB favorisent Israël et la Corée du Sud.
  • Le volume brut de brevets avantage la Chine et les États-Unis.
  • La qualité des institutions de recherche et le financement deep tech placent la Suisse en tête.
  • L’adoption numérique par habitant met en avant les pays nordiques et Singapour.

Le pays le plus avancé en technologie dépend donc du critère retenu. Pour la capacité globale d’innovation mesurée par l’OMPI, la Suisse domine en 2025. Pour la puissance brute en IA et en capital-risque, les États-Unis conservent leur avance. Pour le déploiement industriel à grande échelle, la Chine impose son rythme.

La donnée la plus révélatrice reste peut-être celle du ralentissement mondial des investissements dans l’innovation signalé par l’OMPI. Les positions actuelles ne sont pas figées, et les pays qui maintiennent leurs dépenses en recherche dans un contexte de contraction générale sont ceux qui consolideront leur avance dans les prochaines années.

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