Quelle monnaie sera plus forte à l’avenir ?

Quand on voyage ou qu’on suit l’actualité économique, une question revient souvent : quelle monnaie sera plus forte à l’avenir ? La réponse dépend de ce qu’on entend par « forte ». Un taux de change élevé face au dollar ne signifie pas la même chose qu’une devise qui gagne en influence dans les échanges mondiaux. Deux dynamiques très différentes coexistent, et les confondre mène à de mauvaises conclusions.

Devise forte et monnaie influente : une distinction à comprendre

Vous avez déjà remarqué que le dinar koweïtien vaut plusieurs dollars, alors que personne ne l’utilise pour acheter du pétrole sur les marchés ? C’est toute la différence entre la valeur faciale d’une monnaie et son poids réel dans l’économie mondiale.

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Une devise comme le dinar koweïtien ou le dinar bahreïni affiche un taux de change élevé parce que ces pays ont de petites économies exportatrices de pétrole, avec des réserves massives par habitant. Leur monnaie est « forte » au sens du taux, mais elle ne sert quasiment pas en dehors de leurs frontières.

À l’inverse, le dollar américain reste la monnaie la plus échangée au monde, celle dans laquelle se règlent la majorité des transactions internationales. Un taux de change élevé ne garantit pas une influence mondiale. Pour anticiper quelle monnaie sera plus forte demain, il faut regarder les deux dimensions : la valeur relative et l’usage réel dans les échanges.

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Femme analyste devant un tableau de cotations des taux de change sur un plancher boursier

Le dollar américain face à l’érosion de sa domination

Le dollar domine le système monétaire international depuis les accords de Bretton Woods en 1944. Cette position repose sur la taille de l’économie américaine, la profondeur de ses marchés financiers et le fait que de nombreuses matières premières sont cotées en dollars.

Selon une note de stratégie publiée par PIMCO, le dollar devrait rester dominant mais avec une valorisation moins extrême dans les années à venir. Autrement dit, la devise américaine ne va pas s’effondrer, mais son avantage relatif se réduit progressivement.

Pourquoi cette érosion ? Plusieurs facteurs jouent en parallèle :

  • La montée en puissance d’autres devises dans les règlements commerciaux, notamment le renminbi chinois, réduit la part du dollar dans les échanges réels.
  • Les sanctions économiques imposées par les États-Unis poussent certains pays à chercher des alternatives pour ne pas dépendre du système SWIFT.
  • L’endettement public américain, en croissance constante, pose des questions sur la solidité à long terme du billet vert.

Le dollar ne disparaîtra pas du jour au lendemain de la scène internationale. Aucune devise ne dispose aujourd’hui de l’infrastructure nécessaire pour le remplacer totalement. Mais sa part relative diminue, et c’est une tendance structurelle.

Renminbi chinois : la progression silencieuse dans le commerce mondial

C’est probablement le phénomène le moins couvert par rapport à son ampleur. Selon une analyse de Pictet Asset Management, la part des échanges commerciaux réglés en renminbi a quasiment doublé depuis 2019. Cette progression s’accélère avec le déploiement d’infrastructures de paiement chinoises qui fonctionnent en parallèle du réseau SWIFT.

Concrètement, la Chine développe son propre système de paiement interbancaire (CIPS) et multiplie les accords bilatéraux avec des pays partenaires pour régler directement en yuan. Pour un exportateur brésilien qui vend du soja à la Chine, passer par le dollar ajoute un intermédiaire et un coût. Régler directement en renminbi simplifie la transaction.

Le yuan a cependant un frein majeur : la convertibilité du renminbi reste limitée par les contrôles de capitaux chinois. Pékin contrôle les flux de capitaux entrants et sortants, ce qui empêche le yuan de devenir une monnaie de réserve aussi liquide que le dollar ou l’euro. Tant que cette restriction persiste, le renminbi gagnera en usage commercial sans pour autant détrôner le dollar comme monnaie de réserve.

Gros plan de pièces et billets de monnaies internationales comparant la force des devises du monde

Cryptomonnaies et stablecoins : une troisième voie monétaire

Vous vous demandez peut-être si la monnaie la plus forte de demain sera tout simplement numérique. Les cryptomonnaies comme le Bitcoin ou l’Ethereum ne sont pas des devises au sens classique, mais elles transforment les circuits de paiement internationaux.

Le segment qui progresse le plus vite n’est pas celui des crypto volatiles, mais celui des stablecoins, ces jetons numériques adossés à une devise traditionnelle. En Europe, le Crédit Agricole a lancé l’EURXT, son propre stablecoin en euro, destiné aux règlements entre institutions. Ce type d’initiative montre que les stablecoins entrent dans la finance traditionnelle par la porte des paiements.

Pour les échanges internationaux, un stablecoin en dollar ou en euro permet de transférer de la valeur en quelques minutes, sans passer par les circuits bancaires classiques. Cela ne rend pas le Bitcoin « plus fort » que le dollar, mais cela redistribue les cartes sur la manière dont les devises circulent.

  • Les stablecoins adossés au dollar (comme l’USDT ou l’USDC) renforcent paradoxalement la domination du billet vert dans l’espace numérique.
  • Les stablecoins en euro, comme l’EURXT du Crédit Agricole, pourraient renforcer l’usage international de la monnaie européenne.
  • Les monnaies numériques de banques centrales (MNBC), en cours de développement dans plusieurs pays, pourraient modifier les équilibres en facilitant les échanges bilatéraux sans intermédiaire.

Quelle monnaie surveiller pour les prochaines années

Si la question porte sur le taux de change le plus élevé, les dinars du Golfe resteront probablement en tête, portés par les revenus pétroliers et des économies de petite taille. Le franc suisse continuera de jouer son rôle de valeur refuge en Europe.

Si la question porte sur l’influence croissante, le renminbi est la devise à surveiller. Sa progression dans les règlements commerciaux est documentée et structurelle. Le yuan ne remplacera pas le dollar, mais il réduit sa part relative année après année.

L’euro, de son côté, reste la deuxième monnaie de réserve mondiale. Son avenir dépend largement de la cohésion politique de la zone euro et de sa capacité à développer des infrastructures de paiement compétitives, y compris dans l’espace numérique.

La monnaie la plus forte à l’avenir ne sera pas nécessairement celle qui affiche le meilleur taux de change. Ce sera celle qui circule le plus, dans laquelle on règle le plus de transactions, et dans laquelle les acteurs économiques ont le plus confiance. Sur ce terrain, la compétition entre dollar, renminbi et euro se joue sur les infrastructures de paiement, pas sur les billets de banque.

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